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La psychanalyse, disait Dolto, c'est apporter à chaque séance un message inconnu de soi-même et qu'un autre perçoit parce qu'il est payé pour y être attentif et pour se projeter le moins possible. C'est une aventure revécue de sa propre vie. Rares sont aujourd'hui encore ceux qui connaissent les bienfaits véritables de cette technique d'utilité publique inventée par Freud. Aussi remarquable que subversive, cette pratique profondément éthique se détermine d'un lien social à deux inédit et permet à celui qui en bénéficie - enfant, adolescent ou adulte - de retrouver dans le parler ce qu'il lui faut de jouissance, de courage et de détermination pour que son histoire continue. Elle révolutionne de surcroît son rapport à lui-même, aux autres et au monde. Bienvenue. Cécile Crignon

"La culpabilité des mères est le signe même de leur désir de faire grandir l’enfant dans sa singularité." (Dolto)

"La culpabilité des mères est le signe même de leur désir de faire grandir l’enfant dans sa singularité." (Dolto)
- Il m’arrive souvent de me dire que je suis une mauvaise mère. Non pas une mère maltraitante, absente ou mal aimante, mais une mère qui échoue sans cesse, une mère qui ne comprend pas, qui ne comprend rien, une mère qui arrive trop tôt ou trop tard, une mère qui fait mal en croyant faire bien. Une mère qui se sent stupide, maladroite, définitivement coupable. Coupable d’avoir été maladroite. Une mère qui ne sait pas trouver le bon mot, une mère qui ne sait pas trouver le bon geste. Le bon mot. Le bon geste, le bon moment.
- Pour paraphraser Lacan, je dirais que vous n’êtes pas la seule même si cela ne vous fait pas moins seule. Cette culpabilité dont vous parlez si bien, cette culpabilité si vive, si brûlante et si cruelle n’est pas la preuve d’un échec maternel, mais bien le revers du désir éthique de faire bien, de faire juste. La mère qui se sent coupable est souvent celle qui cherche le plus ardemment à aimer sans abîmer, à guider sans écraser, à accompagner sans envahir, la mère qui cherche à respecter ce qu’il y a de plus précieux : l’altérité de son enfant. Freud lui-même le suggère, dans une lettre à Fliess datée de 1897, où il écrit qu’ « Il faut se résigner à l’idée que l’on fait du tort même en voulant faire du bien. » ( Lettre 70, 12 novembre 1897). Il n’y a pas de maternité « pure », toute relation humaine est traversée par le malentendu, le trop, le pas assez. Il n’existe pas de bonne mère absolue — seulement une mère « suffisamment bonne », comme le dira plus tard Winnicott. Celle qui malgré ses ratés reste en lien, celle qui se pose des questions sans trouver de réponses, celle qui souffre avec pudeur de ne pas être assez pour son enfant. Françoise Dolto, qui a tant pensé cette tension entre amour et culpabilité maternelle, écrivait que « la culpabilité des mères est le signe même de leur désir de faire grandir l’enfant dans sa singularité. » ( La cause des enfants, 1985, p. 102)
Dit autrement, ce n’est pas l’indifférence qui fait culpabiliser une mère. C’est l’amour.
L’amour réel, incarné, imparfait, mais fidèle pour l’éternité.
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